Protéines d’insectes : les start-up françaises

nourrisent le monde.

Sentir le corps d’un scarabée luisant croquer sous la dent. Voilà de quoi en rebuter plus d’un. Pourtant, les ingrédients à base d’insectes sont de formidables sources de protéines qui, s’ils n’inspirent pas toujours les gourmets, intéressent de plus en plus éleveurs et agriculteurs. Dans ce domaine, deux entreprises françaises, Ynsect et InnovaFeed, se distinguent au niveau international. La première a obtenu début octobre, notamment auprès d’investisseurs américains, 372 millions de dollars dans une levée de fonds lancée en janvier 2019. Un record pour une société du secteur agricole.

Avec ce capital, Ynsect compte finaliser la construction à Poulainville, près d’Amiens, de la plus grande ferme d’insectes au monde.

La production devrait démarrer début 2022 avec un objectif de 100 000 tonnes d’ingrédients par an, destinées à l’aquaculture (poissons et crustacés), aux animaux de compagnie et aussi aux plantes sous forme d’un engrais naturel.

L’entreprise a développé ce qu’elle appelle la “coléoculture” c’est-à-dire la culture de coléoptère, en l’occurrence le molitor ou ver de farine, dont les larves sont riches en protéines. Ces vers sont élevés dans une ferme verticale. Une pratique qui a de nombreux atouts aussi bien économiques qu’écologiques. Par exemple, pour produire 1 kg de protéine d’insecte il faut 100 fois moins de surface agricole que pour 1 kg de protéine animale. La coléoculture exige par ailleurs, 25% d’eau en moins et ne nécessite pas d’antibiotiques. Enfin, pour la nutrition animale, les ingrédients à base d’insecte offrent jusqu’à 35% de rendement en plus par rapport à une alimentation naturelle.

InnovaFeed est l’autre champion français de la protéine d’insecte. Après le lancement en 2017 d’un site pilote à Gouzeaucourt (Nord), produisant 1000 tonnes de protéines par an, l’entreprise vient d’inaugurer sa première véritable ferme à insectes à Nesle (Somme). L’objectif est cette fois de 15000 tonnes par an.

InnovaFeed n’a pas fait le choix des coléoptères, mais celui de la mouche noire soldat dont la larve est aussi une formidable source de protéines. Les applications sont les mêmes que celles développées par Ynsect, c’est-à-dire des ingrédients pour l’alimentation des poissons d’élevage et des animaux de compagnie ainsi qu’un engrais produit à partir des déjections des insectes.

En élevant leurs petits arthropodes, ces deux start-up françaises répondent à l’un des enjeux majeurs du 21e siècle, celui de la sécurité alimentaire mondiale. Comment en effet, nourrir une population qui devrait atteindre 8,5 à 10 milliards d’individus en 2050 tout en réduisant l’impact sur l’environnement. Les aliments à base d’insectes dont la production demande moins de surface agricole et moins d’eau tout en offrant un meilleur rendement, sont donc une option très intéressante pour l’alimentation des animaux d’élevage. Quant à nourrir directement les humains avec des vers, certes juteux et croustillants, il reste encore quelques freins psychologiques à lever dans les pays où l’insecte ne fait pas partie des habitudes alimentaires.

Chiffres:

  • Le marché des protéines d’insectes devrait atteindre 1 à 1,3 milliards de dollars de chiffre d’affaire en 2025 contre 144 millions en 2019.
  • 2 milliards de personnes consomment des insectes dans leur alimentation, essentiellement en Asie, Afrique et Amérique latine. 1000 à 2000 espèces d’insectes sont déjà consommées dans le monde.